Élise Florenty

Dans le cadre du Cycle de programmation, diffusion de midi à minuit.

Réalisateur du film Arriba ! Desde abajo, 2008

Film, vidéo diptyque, couleur et noir & blanc, projection DVD, 10’25’’
France, Collection FRAC Ile-de-France
Elise Florenty est une jeune artiste française, vivant actuellement à Berlin, qui trouve en la vidéo le mode essentiel de son expression. Son travail, fondé principalement sur le langage et sur les différents modes de traduction de certaines formes du réel, de certains évènements historiques, donne lieu en particulier à des films à la structure complexe intégrant prises de vues directes et dessins animés fortement graphiques où la réalité se trouve inextricablement liée à la fiction.
Arriba ! Desde abajo, est la réunion définitive en diptyque de deux vidéos : Autops, 2007 et El juego del no, 2007. 
Dans Autops, un étudiant en architecture évoque de façon subjective les disparus – passés ou récents – de la dictature argentine. Dans sa mémoire, s’entrechoquent des fragments de discours politique, de graffitis, de paroles de chansons... Il passe d’une idée à l’autre en faisant glisser les lettres de différents mots phonétiquement proches.  Tels des excédents de mémoire, les mots qui lui viennent à l’esprit paraissent indissociables les uns des autres - Estudiantes / Estupidos (etudiants / stupides), Semillo / Subersivo / Sobreviviente (semence / subversif / survivant). Il en résulte une avalanche de mots qui s’entravent les uns les autres.  
La vidéo s’attache plus particulièrement à une des inscriptions récurrentes des rues de Buenos Aires pour le moins tautologique : « Los lapices siguen escribando » (les crayons continuent d’écrire). Il s’agit de dire qu’après la dictature, dont le premier coup brutal fut porté contre des élèves de 14 à 17 ans – évènement appelé « la noche de los lapices » (la nuit des crayons) – les étudiants continuent d’écrire et de lutter. Ils luttent notamment pour la justice et contre une loi en particulier, appelée « le point final », qui vise à gracier les dictateurs et les tortionnaires. Dans la vidéo, l’étudiant passe ainsi de « les crayons continuent à écrire » à « non au point final ». 
En parallèle, donc, est projetée El juego del no, qui nous fait assister à l’entraînement intensif d’une « murga », danse urbaine à mi-chemin entre la parade militaire, la self-défense et le break dance. Faisant face aux non-dits et au silence, la vidéo privilégie des moments d’apprentissage et de transmission. L’ensemble, qui multiplie les coïncidences de tout type au rythme de la murga, plonge le spectateur au cœur d’une tension dramatique pour une vision trouble et pourtant captivante des évènements.  
Xavier Franceschi 


florenty Élise
Photo © D.R.