Laura Forti
Parole in Anteprima
/ Mise en lecture
Textes de Tino Caspanello, Erri de Luca et Laura Forti
Mise en lecture Antonella Amirante
Lumière et plateau Benoît Foulquié
le 03 octobre à 18h30 • Friche La Belle de Mai : salle Seita
Laura Forti Jeune auteur lauréate de plusieurs prix prestigieux, Laura Forti déploie une écriture sensible, lucide et à l’humour ravageur. Pesach/Passaggio(Prix Betti 2001) a été joué avec un franc succès au Théâtre des Abesses dans une mise en scène de Lukas Hemleb. Nema problema sera monté à la Comédie Française en avril 2009. La Badante/Una storia di fantasmire présentera l'écriture italienne contemporaine au festival de Santiago du Chili à l’automne 2008. Extrait de Thérapie antidouleur, de Laura Forti Traduction français de Carlotta Clerici
LE PÈRE : Personne n'est venu, pour moi ?
LELE : Qui aurait dû venir ?
LE PÈRE : Il y a trop de silence dans cet endroit, toute la journée. Tout s'écoule lentement. La douleur a un rythme lent, une durée infinie qui creuse à l'intérieur de toi. Tu te croirais dans une étrange prison. Moi, j'ai besoin de voix, d'informations, tu comprends, pas de gémissements. Ici il y a des gens qui meurent. Mais je l'emmerde, moi, la mort. Je ne veux pas mourir maintenant. Touche du bois, touche tes couilles.
LELE : Papa !
LE PÈRE : J'ai dit touche tes couilles ! On l'emmerde, la mort ! (Lele se touche, furtivement) Bravo! Maintenant, je dois pisser.
LELE : Je t'apporte le bassin.
LE PÈRE : Non, c'est moi qui vais aux chiottes.
LELE : Tu es très faible.
LE PÈRE : Où sont mes pantoufles, où est-ce qu'elle m'a mis mes pantoufles, ta mère, je ne trouve plus rien.
LELE : Tu as la perfusion. Attention.
LE PÈRE : Moi, je mets mes affaires sur la table de chevet selon une logique, ici l'eau, ici les bonbons, dans le tiroir le rasoir et le portefeuille et parterre les pantoufles, ce serait si simple, elle le fait exprès.
LELE : Ne dis pas ça.
LE PÈRE : Si, elle le fait exprès, pour me brouiller. Elle le fait pour être la plus forte. C'est un vieux truc entre nous.
LELE : Allons-y.
LE PÈRE : Je ne peux pas à faire pipi avec toi à côté.
LELE : Je dois te soutenir papa, sinon tu tombes.
LE PÈRE : J'ai toujours détesté que les gens regardent ma queue, même dans les chiottes publiques. Toi aussi ?
LELE : Oui, c'est gênant, je ne te regarderai pas.