Dans le cadre du Cycle de programmation, diffusion de midi à minuit.
Réalisateur du film Shades of Destructors, 2005
Film, Couleur, son, 18’
Royaume-Uni, Collection FRAC Ile-de-France
Après un début de carrière des plus prometteurs aux côtés de Damien Hirst à "New Contemporaries" à l’ICA en 1990, Leckey quitte la YBA scène anglaise pour les États-Unis. Son retour en Angleterre est récent et remarqué à l’occasion de la présentation de la vidéo « Fiorucci Made Me Hardcore » en 1999 : une compilation audio et vidéo, qui raconte l’émergence de la culture danse anglaise et les dance-floor. Si le sujet central est celui de la perte d’innocence collective, Leckey en profite aussi pour examiner les comportements rituels des jeunes gens au seuil de leur vie d’adultes.
Le travail de Mark Leckey est souvent associé à l’image du flâneur et à celle du dandy. Ses obsessions le portent autant vers le raffinement décadent fin de siècle que les vêtments années 80 et la culture de discothèque. Fondateur avec Ed Liq, Bonnie Camplin et Enrico David, du groupe donAteller, et de Jack2Jack avec lequel il a composé la musique de : ''The March of the Big White Barbarians,'' et ''Shades of Destructors,'', la musique joue un rôle prépondérant dans le travail de l’artiste. Dans le travail de Leckey, la rencontre entre la culture pop et la musique est toujours liée à l’environnement, la ville, et son appartement devient le point de départ de la narration. On rapproche Leckey de la psychogéographie debordienne, de l’étude des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus, mais aussi du flâneur Beaudelairien, qui à l’image des amoureux de l’Aurore de Murnau, est séduit et perdu dans la démesure de la métropole chaotique. Mélancolie de la fabrication sociale, émotionnelle, et spirituelle de la jeune culture contemporaine britannique.
Dans « Shades of destructors », Leckey reprend le système du montage d’images qui le caractérise, mais on pourrait aussi considérer cette pièce comme sonore tant il donne d’importance à la transformation des voix, à leur musicalité et à la musique produite avec son groupe comme b.o. Le traitement des images parfois pictural joue aussi avec une sorte de Camp à l’anglaise. On y reconnaît aussi bien les images de l’adaptation télévisuelle de la BBC de 1970 de la nouvelle de Graham Greene, que l’appartement de Leckey qui devient l’intérieur de la maison détruite. La destruction de la maison par des jeunes gens se fait uniquement par l’intérieur, elle n’est pas réalisée dans un but particulier, et cette œuvre joue autant avec la dimension de l’architecture du decay/délabrement – décrépitude, que de l’anarchitecture où l’ultime refuge est détruit de l’intérieur. À l’instar de Barbey d’Aurevilly, le dandysme dont se réclame Leckey (et dont l’image récurrente est un soleil couchant, présent dans la vidéo, qui tel un astre offre une lecture mélancolique de la société britannique) se rapproche de l’attitude esthétique et morale des dandys.
Texte d’Alexandra Midal