Valérie Mréjen
La Défaite du rouge-gorge
/ film
Réalisé par
Valérie Mréjen
le 09 octobre à 18h30 • Cinéma Le César
L'Agrume
/ une heure avec
Texte de Valérie Mréjen
le 09 octobre à 20h30 • Montévidéo
le 19 octobre à 16h30 • Théâtre National de La Colline
Valérie Mréjen Plasticienne, photographe, écrivain, Valérie Mréjen multiplie les moyens d'expression pour mieux explorer les possibilités du langage. Ses vidéos sont souvent inspirées de souvenirs, d'événements quotidiens, de détails cruels et burlesques de l'existence, de lieux communs, de malentendus... Elle y mélange divers types de récits rapportés ou vécus qu'elle réécrit et réarrange, avant de les mettre en scène avec des comédiens ou des gens de son entourage. Elle est également l'auteur de trois récits parus aux éditions Allia (Mon grand-père, 1999, L'Agrume, 2000 et Eau sauvage, 2003), et d'un documentaire, Pork and Milk (2004, Aurora Films, Arte France, Ina). Elle prépare actuellement un long-métrage de fiction et un documentaire. Extrait de L'Agrume, de Valérie Mréjen " Nous étions assis sur un banc près des Halles, sous une espèce de pergola en bois. Il faisait bon. Il m’a dit je ne t’aime pas. La veille, il était arrivé une heure en retard au rendez-vous. J’étais devant la station d’essence de la porte d’Orléans à guetter les 4L en espérant qu’il vienne. Il a fini par apparaître. J’avais envie de faire la tête mais la gaieté de le voir annulait tout. Ce n’était pas le moment de faire une remarque : déjà qu’il ne m’aimait pas beaucoup. J’ai juste relevé son manque de ponctualité sur le ton de la plaisanterie. Une autre fois, j’ai rencontré un type au cours d’un festival de documentaire ardéchois. Il était avec son amie Il était venu s’asseoir près de moi le dernier soir, dans la salle 3. Il y avait le nom d’un de mes cousins dans les crédits techniques (J.-J. Mréjen). Je lui avais montré le programme fièrement. Une fois rentrée de vacances, j’eus un appel d’une autre Valérie Mréjen qui habitait dans le 12e : elle venait de recevoir un courrier de lui. Il avait cherché mon adresse dans l’annuaire mais j’habitais dans les Hauts-de-Seine. La Valérie Mréjen qui avait reçu la lettre me demanda si je connaissais ce B. R., car elle avait un ami du même nom. Je dis que oui. Elle m’expédia le tout dans une plus grande enveloppe. C’était une feuille de papier calque, avec un morceau de film agrafé d’un côté et du scotch. J’ai répondu et marqué mon adresse en rajoutant deux croix. Une croix signifiait un baiser. Comme il ne comprenait rien, il les a observées à la loupe. Il s’appelait Bruno. Il était petit, brun, les yeux bleus très myopes. Il portait des lunettes. Son premier réflexe du matin était de les chercher pour les passer au Paic citron. Il attrapait délicatement les branches et les posait sur ses oreilles. La première fois qu’il est venu chez moi, c’était en revenant de Tours. Il m’avait pris une boîte de macarons chez un pâtissier tourangeau. Nous sommes restés debout à nous embrasser au milieu du studio. Il était arrivé chez moi, avait réussi à trouver ma rue et apporté ces délicieux gâteaux. Bientôt, il m’a dit qu’il devait remettre un document à son frère aux environs de Jouy-en-Josas. Il est parti en promettant de revenir. Pendant ce temps, j’ai tournoyé en rond et admiré les macarons. Au bout d’un moment, je me suis mise à la fenêtre pour guetter sa voiture. Il est revenu au bout d’une heure. J’ai pensé ouf. Une autre fois, je l’ai revu dans un café de Montmartre. Il portait une chemise gris sombre à minuscules taches blanches pareilles à des flocons de neige cathodique. La veille d’un jour passé, il m’avait dit qu’il m’appellerait. J’ai attendu. Je n’osais pas sortir. J’avais peur qu’il raccroche en trouvant le répondeur. Je suis restée chez moi, j’ai patienté non loin du téléphone en pleurant d’impatience. Il s’est mis à faire nuit. Je n’avais fait qu’attendre et espérer toute la journée. Peut-être était-il arrivé quelque chose? (Je me disais cela pour ne pas l’accuser). Je l’ai appelé vers 9h10. Puis vers neuf heures et quart. Tout à coup, il venait de rentrer. Il m’a dit : on est allés voir une exposition au Jeu de Paume. Il parlait gentiment mais avec une voix ferme. Il m’a promis de rappeler plus tard. Avant ça, j’étais tombée sur elle au téléphone. Je ne me posais pas trop de questions. J’avais surtout demandé à parler à Bruno.
© Stéphanie Solinas