édito
Il y a des chemins qui unissent des êtres et des chemins qui unissent des voix. Il y a des chemins qui unissent la pensée et des chemins qui unissent le regard. Il y a des chemins que l’on nous interdit et des chemins que nous prenons de force.
Hubert Colas
Pour actOral.10, la parole est donnée à un écrivain ami du festival actOral pour ouvrir cette nouvelle édition : Christophe Fiat
" Dans actOral, j’entends acteur et choral.
Quel acteur ? Celui qui n’est pas seulement comédien au sens d’interprète, mais à qui on permet d’être aussi en situation d’exposer son travail sur une scène.
Quelle chorale ? Celle du public à la fois spectateur le temps des représentations et partenaire quand le moment de boire arrive et que les acteurs arrivent au bar.
Ces deux figures semblent être la condition même d’un festival, si ce n’est qu’à montévidéo à Marseille, Hubert Colas génère une fièvre et une ambiance qui font d’actOral un lieu improbable au temps infini.
Cela tient au fait qu’Hubert est lui-même un artiste (auteur et metteur en scène) et qu’il sait mieux que quiconque libérer les acteurs de leurs angoisses et obligations et rendre cela palpable au public, lequel vient à ce rendez-vous annuel pour découvrir autant la création contemporaine que pour se divertir. Mais cela tient aussi au fait que montévidéo est un repère plus qu’un théâtre. À chacun, d’y trouver sa hauteur, sa distance, sa manière de s’ajuster, soit qu’on y voit un laboratoire, une anti-chambre, une épreuve, une étape, une aventure ou plus simplement un espace de diffusion.
La programmation prolifique et hétérogène qui caractérise les dernières éditions du festival ne cesse d’approfondir l’invention de nouvelles « écritures contemporaines ». Cela requiert de la part du public de plus en plus d’attention. Les acteurs invités multiplient aussi les formes les plus variées qui vont du one man show à l’installation en passant par l’Art Performance. Tant mieux. Il ne faut pas refouler la valeur politique d’un tel projet. S’il fallait qualifier cette fièvre et cette ambiance, je dirai qu’elles sont rock. C’est-à-dire qu’elles attisent l’admiration du public et encouragent la prise de risque des acteurs dont la prise de parole est sans retenue ni auto censure. À une époque où la culture est l’objet de tous les sarcasmes et de tous les cynismes, comme soumise à un fascisme à la française (hypocritement indéfinissable selon une tradition chauvine), actOral m’apparaît comme une zone de résistance, un bastion en première ligne.
Si tout devait disparaître comme englouti par l’addiction à la bêtise et qu’il ne reste de la culture que des hommes livres errant dans une campagne dévastée à l’instar des personnages du roman de Ray Bradbury Farenheit 451, je parie qu’on y retrouverait beaucoup d’invités des onze éditions d’actOral, accompagnés de beaucoup de spectateurs. L’un et l’autre attendant patiemment que ce vieux monde s’écroule définitivement pour mieux le reconstruire. Comme dit l’un d’eux « Don’t judge a book by its cover ». Ce qu’on pourrait interpréter ainsi : un livre n’est pas seulement un livre, il est aussi une arme. Une arme dont le corps de l’acteur serait l’ultime théâtre des opérations et les spectateurs les porte-paroles en chœur."
Christophe Fiat