prev next
imprimer

François Chaignaud et César Vayssié

The Sweetest Choice (Première étape d’une installation, dispositif autonome, en devenir.)

Du 29 septembre au 10 octobre, du mardi au dimanche, de 13h à 19h - et jusqu'à 22h les soirs de spectacle à la Friche
Du 29  au 11 octobre

La Friche la Belle de Mai

Durée estimée : 45min

Dans le cadre de l’exposition PRÉTEXTE #2

Conception : François Chaignaud et César Vayssié // Chorégraphie et interprétation : François Chaignaud // Réalisation : César Vayssié

Suite à la création de Dumy Moyi à Montpellier Danse juillet 2013, le festival de film de danse 24 Frames per Second (Sidney) m’a proposé d’imaginer un film, pour une exposition de films de danse(urs) qui aura lieu au printemps 2015. Pour cette première expérience d’écriture pour l’image, j’ai le projet - non pas de faire une captation - mais d’atteindre l’espace le plus éloigné de celui du théâtre et de la boîte noire. J’ai déjà tenté, avec Dumy Moyi, d’échapper au lieu du théâtre (en jouant dans des chapelles, des grottes, des galeries, des espaces indéfinissables). Néanmoins, il s’agit toujours d’espaces clos - et soumis aux contraintes qu’imposent l’art vivant. Je souhaite pour ce projet atteindre l’envers absolu du théâtre - et pourtant parfois son point d’horizon : le désert. Infini, illimité, il possède toutes les propriétés d’espace, de superficie, de lumière dont le théâtre est dépourvu et jaloux !
S’échapper du théâtre - un fugitif dans le désert... J’ai expérimenté, pour Dumy Moyi, le défi de créer une pièce qui soit autant un concert qu’une chorégraphie. Il s’agit, sous la contrainte de costumes démesurés et extravagants, de faire converger des sources hétérogènes voire contradictoires de l’histoire de la danse - des danses religieuses aux danses exotiques du début du vingtième siècle, du music hall aux prémices de la danse moderne, des danses académiques aux danses urbaines...
Pour ce film, j’imagine un corps carrefour, échappé, rescapé du théâtre. Mais de quel théâtre, de quelle région ? De quelle époque ?
L’air de Purcell - Solitude - qui, à la première personne, déroule les charmes ambigus de la solitude absolue sera ma partition vocale - exécutée en même temps qu’une chorégraphie, périlleuse.
Avec César Vayssié, nous imaginons l’écriture de ce film. Articulé par la durée de la mélodie baroque de Purcell, il ne s’agit pas d’un clip, éclaté en prises de vues multiples, mais plutôt le récit d’une expérience extrême, aux qualités lumineuses et spatiales hors du commun. Nous filmerons probablement dans le désert californien ou le désert espagnol, à la recherche de leurs immensités et rugosités indéfinissables, non localisables.
A Sidney, nous imaginons une présentation de ce film, selon un dispositif qui contienne cette contradiction entre l’énormité du désert et l’espace de la boîte noire du théâtre, peut être en créant un espace exigu de projection, accessible pour une personne à la fois, dans lequel pourrait advenir la rencontre de deux solitudes.
François Chaignaud

www.vlovajobpru.com

Regarder une image photographique, fixe ou animée (film), produit toujours la sensation d’un moment qui « a eu lieu » et qui « n’est plus ». Roland Barthes parle d’une micro-expérience de la mort pour le sujet photographié. C’est encore plus vrai lorsque l’on filme la danse, le chant où une action performative, quand l’image substitue à notre regard une reproduction ou une illusion du « vivant » qui constitue la définition de « l’art vivant ». En revanche, le champ photographique (cinématographique) ouvre un espace, physique et temporel qui permet une extension dramaturgique de la performance scénique, la possibilité d’un endroit à atteindre avec la danse, loin des contraintes de la boite noire du théâtre.
François Chaignaud écrit « S’échapper du théâtre - un fugitif dans le désert... », ce pourrait être la première et la dernière phrase d’un scénario. Pourtant, il s’agit bien je crois de ne pas commettre le joli mensonge de la fiction cinématographique, mais de « saisir », à l’instar d’un acte picturale, l’instantané et l’intensité de la danse et du chant, leur force performative et poétique à l’épreuve du désert, décors réel qui devient le théâtre d’une autre représentation.
François Chaignaud, dont l’apparence est inspirée par son solo Dumi Muyi, danse et interprète à capella, avec la force vocale qu’on lui connaît, l’air de Purcell : Solitude. L’inscription visuelle de cette « expérience » dans le désert est en soi une figure allégorique. Une fable se dessine. Un être dans le désert, envers de la civilisation, de la culture. Retour aux origines avec les oripeaux néo-primitifs d’une civilisation trop agitée ou perdue. Un désir de solitude, un refuge exposé à l’immensité, à la minéralité et aux conditions extrêmes, où se réfugier signifie justement être à vue, visible et à découvert, comme sur une scène, mais vu par personne puisque cet espace est déserté. Bref, seule une caméra volontaire et sensible pourra témoigner.
Nous ne voulons pas raconter ces pistes dramaturgiques par un récit fictif. La danse est une fiction du corps, cela suffit. L’idée filmique est de mettre en apposition l’être et le désert, à travers des cadres harmonieux, photographiques, qui « représentent » (en français le mot « représentation » parle autant d’un spectacle que d’une image), l’expérience dansée et chantée avec le sentiment de sa durée réelle, son endurance, son énergie. Les possibilités de l’image et du désert (proximité et distance, matière et lumière) sont autant de sensations possibles que nous voulons conjuguer avec élégance et sobriété. Laisser la beauté de la danse et du chant vivre au contact d’un environnement naturel mais fantasmatique. Laisser ainsi une histoire, une légende, se raconter en creux comme la puissance narrative suggérée de certains tableaux en peinture pourtant dépourvus de mouvement et de son.
Comme le propose François, cette expérience serait partagée avec un spectateur seul aussi, face au tableau de ce moment "qui n’est plus", plus grand que lui, avec la sensation qu’il a été reproduit à l’infini (pour toujours).
César Vayssié

www.cesarvayssie.com

Photo : © François Chaignaud et César Vayssié

François Chaignaud et César Vayssié
Biographie(s) associée(s) : François Chaignaud
César Vayssié