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Mustapha Benfodil

AlChérie, journal intense

Le 5 octobre à 19h
Le 5  octobre à 19h00

Cinéma Les Variétés

Durée : 40min

Entrée libre

Lecture suivie d’un échange entre Mustapha Benfodil et David Ruffel (co-directeur de la collection de littérature « chaoïd » aux éditions Verdier).

Une femme. Un homme. Le cadavre de l’homme. Mort dans un accident de voiture un jour d’élection présidentielle. Un lit. Une nuit. Des tas de feuilles sur le lit, étalées par la femme. Des carnets, plutôt. Des carnets. Des centaines de cahiers. Le journal de son homme. La plus grande œuvre de sa vie. Et quelques tapuscrits. Son homme : astronome diurne et écrivain nocturne. Diariste infatigable. La femme ouvre le caveau de papier et entreprend une autopsie improbable sur le corps du texte. Elle lit, elle lit, et le lit s’ouvre et crache le cadavre de son mari. Le corps se ranime à travers le langage. La femme écrit sur le corps et la nuit. Sous le lit, un pays gronde. Des voix se lèvent. Le lit se soulève. Dans le journal de l’homme s’égrènent les jours saccagés, les luttes clandestines et les desseins exaltés, depuis la révolte du 5 octobre 1988 (500 morts). La femme ouvre la boite de Pandore, exhume tous les secrets. La femme lit et son homme revient, plus vivant que jamais. Mais si étranger. Entre eux deux, la guerre. Les récits refoulés de la guerre jamais dite. Jamais prononcée.
Que faire de ce corps en papier, ce cadavre bavard et envahissant ?
Que valent les mots « couple », « vie conjugale », « deuil », « paix », quand l’amour devient une guerre civile ?
A travers ce texte inédit, qui évolue sur le mode « writing progress », Mustapha Benfodil revisite, sous un jour intimiste, l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire de l’Algérie contemporaine. Dans cet exercice à la fois documentaire et poétique, il puise dans ses propres notes et archives cumulées au plus fort de la « Décennie Rouge ».

Extrait
« L’A-MOUR, ce sentiment où se mêlent désir crépusculaire et cohabitation par habitude. Cœurs siamois et corps rouillés. Plages de silence poisseux et bavard. C’est le stade "amours classes moyennes", celui où le couple sombre dans une sorte de confort ronflant et de bonheur ronronnant et ne tient plus que par une ennuyeuse solidarité mécanique. Tendresse molle. Passion convertie en amitié, en famille, en patrimoine, en biens immobiliers, en argenterie, en pièces de collection, en affection filiale ; et les photos souvenirs qui viennent de temps en temps rallumer la flamme vacillante et rappeler que ce type de colle émotionnelle, aujourd’hui introuvable sur le marché des sentiments, a bien existé. Ce n’est pas l’avenir qu’on construit avec ceux qu’on aime mais le passé ».
Carnets de Karim Fatimi, 15 mai 2012

Photo : © Helen Rinderknecht

Mustapha Benfodil
Biographie(s) associée(s) : Mustapha Benfodil