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Nathalie Richard & Elina Lowensöhn / Elfriede Jelinek

La Belle au bois dormant

Le 30 septembre à 22h30
Le 30  septembre à 22h30

Montévidéo

Durée : 1h

5€ / 3€

Texte : Elfried Jelinek // Traduction : Magali Jourdan & Mathilde Sobottke // Une proposition de :Elina Löwensohn & de Nathalie Richard // Avec la collaboration artistique de : Dominique Bruguière, assistée de Cathy Pariselle, Anne de Sterk ; Thierry Thieû Niang et Renée Wentzig // Avec : Elina Löwensohn & Nathalie Richard

Jelinek épluche ici des « archétypes ». De Blanche-Neige à La Belle au Bois Dormant, de Jackie (Kennedy) à Ingeborg (Bachmann), les princesses d’Elfriede Jelinek sont un pendant moderne et parodique aux rois shakespeariens, elles sont des mythes en déconstruction. Ce sont des anti-princesses, qui ne s’insurgent nullement contre le drame de leur vie et consentent au destin qui leur est imposé. L’humour de Jelinek se révèle non seulement dans la manière grotesque dont ces princesses énoncent les discours masculins, mais également à travers les distorsions d’expressions toutes faites, le détournement de citations, les calembours et autres jeux langagiers.

Le texte de Jelinek ne raconte pas d’histoires. Il n’y a pas de personnages classiques qui se développeraient de façon fluide et linéaire. Il n’y a que des mots. À profusion. Une véritable logorrhée, tellement énorme qu’elle tente de faire disparaître le corps. Toute l’action de ces textes est dans la parole, mais dans une parole qui feint seulement de dire. Ces mots-là cachent quelque chose, ensevelissent sous un flot de paroles l’essentiel, une question simple, impossible à dire : comment vivre ? Le texte est fait de collages et d’emprunts qui déstructurent le langage, le déconstruisent, et de ce fait vident les mots de leur sens pour faire entendre ce qui n’est pas dit. Le mélange de slogans publicitaires, d’arguments philosophiques, du phrasé journalistique et du monologue intérieur renvoie à l’héritage de l’autoritarisme du monde. Dans un système ressenti comme totalitaire – l’Autriche de Jelinek et la Roumanie, pays d’origine d’Elina Löwensohn, actrice américaine exilée en France depuis plus de dix ans, sont ici très proches – l’individu finit par s’habituer à tout et se construit une façon de vivre avec le totalitarisme. On échafaude un écran entre soi-même et le monde, parce qu’on a envie de vivre aussi, parce que pour survivre à certaines choses, il faut d’abord savoir sur quoi l’on ferme les yeux, et ne pas hésiter à déléguer les pleins pouvoirs à l’autorité en place. Peut-on échapper à cela ?
Elina Löwensohn & Nathalie Richard

Extrait de La Belle au Bois Dormant, d’Elfriede Jelinek
La Princesse : Je regarde votre visage bronzé, Monsieur le Prince, le gel dans vos cheveux foncés et les muscles sous votre T-shirt, je cherche les genoux et les fesses dans votre pantalon de surfer extra large, et demande : se peut-il que ce soit vous et que vous soyez quelque part là-dessous ? Se peut-il que vous soyez vous ? Se peut-il que je sois moi ? Se peut-il que vous vous adressiez à moi ? Ca doit être ça, sinon nous ne serions pas ici. Cela signifie : si vous n’étiez pas venu, tous deux nous ne serions pas ici maintenant. Cela signifie : sans votre venue, je n’existerais pas ou du moins pas encore. Merci.
Le Prince : On m’a dit d’aller vers vous et de vous embrasser et de voir ce qui allait se passer. J’allais bien voir. Il y a toujours de quoi faire. Ce que je vois me plaît beaucoup, ça valait le coup, on peut le dire dès maintenant. Je suis le pouvoir. Celui qui s’oppose à moi se perd lui-même, précisément en revendiquant son droit. Heureusement que vous avez tout de suite reconnu que vous me devez, à moi seul, votre existence. Comment dire : moi, c’est moi. Comme vous le savez, je suis aussi celui que je suis. On ne peut rien y faire. J’aimerais être l’Eternel, et peut-être le suis-je, car jusqu’à maintenant je ne suis pas encore mort, mais au contraire, j’ai même ressuscité une morte. Avec un baiser. Cela doit être un beau réveil : être accroupie si longtemps dans l’obscurité et la première chose que l’on voit, Dieu. Moi. Moi. Moi.

Production : polimniA

Photo : © L’Arche Editeur

Nathalie Richard & Elina Lowensöhn / Elfriede Jelinek
Biographie(s) associée(s) : Nathalie Richard
Elfriede Jelinek
Elina Lowensöhn