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Noam Toran

« Noam Toran enseigne le design industriel au Royal College of the Arts de Londres depuis sept ans. Diplômé d’une école de cinéma et du RCA de Londres, il invente des fictions à partir d’une production d’objets fictionnels comme dans Desire Management.
Comme Dunne & Raby, Toran appartient à cette nouvelle génération de designers britanniques regroupé sous l’appelation de "Critical Design" qui développent des prototypes ou "objets hypothétiques", mais à l’inverse de Dunne & Raby avec lesquels il a collaboré à plusieurs reprises, son intention ne consiste pas à introduire une réflexion sur les implications entre la technologie, la société et l’homme, mais plutôt à stimuler une réflexion à partir d’une reconsidération des besoins négligés. Il revient ainsi de révéler une complexité psychologique souvent cachée mais aussi de questionner le terrain d’action moraliste du design et de la production industrielle en général.
Présenté à la Biennale d’Architecture de Venise en 2004, Desire Management est une installation composée de trois objets. Le premier est un lit qui reproduit la forme réduite d’un terrain de base-ball et dissimule des tiroirs dans lesquels se trouvent un c.d. et un lecteur qui diffuse le son d’un arrosage automatique et son costume pour y jouer. Le deuxième est un équipement qui permet à un aspirateur d’opérer des mouvements horizontaux ou verticaux continus sans l’aide de qui que ce soit. Le dernier est un "trolley" modifié, ce chariot manœuvré par les hôtesses et les stewarts dans les avions.
Toran s’intéresse aux relations entre cinéma et design ; deux disciplines appartenant originellement à la modernité. Après avoir répertorié dans quantité de films, les objets significatifs qui contribuent à la narration, Toran a décidé de s’approprier la dimension culturelle de masse qui les caractérise pour célébrer la manière dont les objets peuvent accompagner et favoriser les comportements - jugés inadéquats- de certains individus.
En détournant l’usage conventionnel et en construisant des "compléments d’objets", ces derniers se prêtent aux fantasmes et aux désirs de leurs utilisateurs.
À partir de ces trois objets, Toran a réunit cinq narrations, deux objets ayant été ajoutés. Mis en scène dans des saynètes parfois mystérieuses et souvent amusantes, les cinq films ont été élaborés à partir de faits divers, de propos recueillis, ou sont entièrement inventés. Chaque production est donc le résultat d’un protocole où le designer répond à d’hypothétiques clients. Il en est ainsi de la valise/baseball qui répond à un fait divers où un homme racontait qu’il avait perdu sa virginité sur un terrain de base-ball et depuis avait besoin de cette scène pour atteindre le climax. Le chariot répond à un autre fait divers qui racontait le traumatisme d’une hôtesse de l’air qui au cours de turbulence avait tant paniqué, qu’elle fut renvoyée en plein vol. Désormais incapable de reprendre l’avion, cet instrument serait censé lui redonner de l’assurance. Quant à la structure pour aspirateur, elle serait la réponse à la détresse d’un veuf qui aurait besoin de recréer seul la sensation érotico-aspirante qu’il obtenait du vivant de sa femme. Ces clients imaginaires assoient la dimension proprement fictionnelle du design, et les objets ainsi que les utilisateurs sont les protagonistes principaux de l’action. Film et objets revisitent les obsessions de Toran : solitude, fétichisme, méfiance de la normalité,...
Ainsi au lieu de concevoir des objets essentiels - ou qui le paraissent - aux consommteurs, et en réalisant des objets fictionnels qui à leur tour peuvent être revisités par des films, Toran désigne des objets fonctionnels et ce faisant lache la bride à des comportments "non règlementaires".
 »
Alexandra Midal

Photo : © DR

Toran
Projet(s) associé(s) : - Actoral.7