Excuses et dires liminaires de Za
Spectacle Théâtre
Texte de Raharimanana / Mise en scène Thierry Bedard
le 02 octobre
à 22h00
•
Friche la Belle de Mai : salle BF
le 03 octobre
à 21h00
•
Friche la Belle de Mai : salle BF
45’
12/8e
d’après Za (éditions Philippe Rey, 2008) / Journal Agence Thérèse Troika
“ Quelque part au milieu de l’océan, une terre, une île, des rues, des décharges, des plaines immenses et oubliées où se déroulent des tragédies. Quelque part sur une terre où dominent les puissants. Entre le présent et le passé, la mémoire et l’actualité, un temps brouillé où rien ne distingue les faits passés des faits présents. Face à eux : Za, personnage démesuré à la recherche du corps de son fils emporté dans un ruisseau encombré de détritus, le « fleuve de cellophane ». Sa femme est folle, lui-même a connu la prison, la torture. Il invective, demande pardon, s’humilie, s’esclaffe, chante, récite des poèmes : Za, gorgé de barbarie, est réduit à la seule liberté qui lui reste, une liberté immense qu’il brandit dans son désespoir, celle du langage, celle du rire. ”
Quatrième de couverture. Za. Editions Philippe Rey
Za est le nom d’un personnage invraisemblable - za signifie moi en malgache - qui raconte à la première personne son histoire. Une histoire dantesque, un enfer situé à Madagascar, mais rencontré dans toutes les capitales du Sud, où la populace survit contre l’arbitraire du pouvoir et fait face à une misère inacceptable. Za zozote - l’on comprendra que ses tortionnaires lui ont cassé toutes les dents -, mais il ne fait pas que zozoter ! Les péripéties du héros - héros, du moins, pendant des émeutes réprimées dans le sang - sont tragiques, car la vie et la mort se côtoient sans cesse, mais sont aussi d’une incroyable drôlerie, en particulier lorsqu’elles sont liées aux perversités occidentales … Et les aventures de Za se vivent dans un monde halluciné, où le personnage combat ses propres cauchemars, inoubliables.
Ecoutez les Excuses et dires liminaires de Za, mises en voix (!) avec fureur, avec le rythme du 6/8, proche du Salegy, avec une des musiques de transe de Madagascar, la musique qui m’a assommée chaque nuit passée à Tananarive … Et écoutez cette langue exceptionnelle, d’une certaine manière, “inqualifiable”, un autre “voyage au bout de la nuit” - une nuit malgache rouge du sang de la latérite.
Enfin, écoutez Jean Luc Raharimanana citer un autre révolté, Kateb Yacine :
“La langue française reste un butin de guerre ! A quoi bon un butin de guerre, si l'on doit le jeter ou le restituer à son propriétaire dès la fin des hostilités ?". Vol sublime à exhiber, fait de l’histoire, une langue française re-sculptée, dépolie et débarrassée des impostures coloniales dont on l’a parée, greffée d’esquilles et d’éclats, en mémoire du rire qu’elle a opposé à ceux qui voulaient se servir d’elle pour asservir, rire du vol sublime, retour à la voix, retour au corps, éternels supports de la langue, la langue dans toute sa pureté, celle où elle se délivre de l’oppresseur. Thierry Bedard
Pour visionner Excuses et dires liminaires de Za à Avignon - le 24 juillet.

© Pierrot Men
Extrait
“ Eskuza-moi. Za m’eskuze. A vous déranzément n’est pas mon vouloir, défouloir de zens malaizés, mélanzés dans la tête, mélanzés dans la mélasse démoniacale et folique. Eskuza-moi. Za m’eskuze. Si ma parole à vous de travers danse vertize nauzéabond, tango maloya, zouk collé serré, zetez-la s’al vous plaît, zatez-la ma pérole, évidez-la de ses tripes, cœur, bile et rancœur, zetez la ma parole mais ne zetez pas ma personne, triste parsonne des tristes trop piqués, triste parsonne des à fric à bingo, bongo, grotesque elfade qui s’egaie dans les congolaises, longue langue foursue sur les mangues mûres de la vie. Eskuza-moi. Za m’eskuze. Za plus bas que terre. Za lèce la terre sous vos pieds plantée. Za moins que rien. Za vous prend la parole ô pécé ô pécé, huitième pécé : orgueil de la gorze qui s’ignore vain tambour, mère des échos qui se fracassent sur la souperbe indifférence de nos maîtres qui savent, savent la suave poussance de la force, poussance contre nous acculés, pressés, broyés, savent la vassale laceté à nous rivée à zamais, savent ils savent. Za m’askuze. Za vous prend la parole : pécé ô pécé, huitième pécé, parole prise et raclée dans vos gorzes, parole prise et ciée sur votre langue, za vous prend les mots et Za ne sait qu’en faire : mots émerzeant et razant, mots z’en peuple de démocratie, mots
z’en gros et détails, moultitude de mots en progrès équitable – équitable ô ma tequilla, bois en de mon boisson eh vinasseur fini ! Za vous prend les mots, pardon, pardon. Za a pas le droit, pas le droit à la parole. Gros pécé, tabou zusqu’au bout des bouts. (...) ”
Production : notoire/de l’étranger(s) - Paris, Bonlieu Scène nationale d'Annecy
En partenariat avec le Système Friche Théâtre / Avec le soutien du Théâtre Massalia.
Thierry Bedard – notoire est artiste associé à Bonlieu Scène nationale Annecy dans le cadre du centre d’art et de création.